Correspondance 2e guerre mondiale

Bonjour,

Voici un article qui va peut être rappeler de mauvais souvenirs pendant la 2e guerre mondiale. Rouen à été bombardé à maintes reprises, plusieurs centaines de morts et des milliers de sinistrés. Une angoisse permanente aux familles qui ont habité Rouen à cette époque. Des bombardements qui ont détruit immeubles, maisons, églises, etc – J’ai retrouvé de la correspondance familiale pendant cet épisode terrible qui nous montre un aperçu de ce qu’on vécu les les habitants.

Pendant la nuit du 18 au 19 Avril 1944, 6000 bombes sont largués sur Rouen, faisant 900 morts et 2000 sinistrés puis les bombardements du 30 Mai au 4 Juin. Cet épisode terrible qu’ont subi les Rouennais et ils s’en souviennent encore !!! à martyrisé la population comme témoigne les photos ci-jointes d’anciennes coupures de journeaux :

Vue impressionnante du Rouen ravagé par les bombardements

Mont-Saint Aignan – le 22/04/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

Je m’empresse de te répondre à ta lettre, et t’envoie les coupures du journal de Rouen qui te donneront un aperçu de l’étendue du désastre mais il faut l’avoir vu pour le croire. J’ai parcouru la ville, sauf les rues barrées, et elles sont nombreuses, car surtout dans les petites rues, les décombres sont amoncelées, et les ruines fument encore jusqu’à présent, nous ne connaissons personne parmi les victimes.

Lors de la catastrophe, j’étais en inspection à Auffay (76). J’ai été réveillé vers minuit par le passage des avions, qui à duré près d’une heure; je me suis habillé dans l’obscurité et j’ai attendu. Le lendemain, après avoir appris que Rouen avait été bombardé, je suis rentré par le premier train, c’est à dire seulement à 10 heures du soir et j’ai trouvé Marie et Sylvie (les 2 filles) dans la cave, en train d’aménager un abri avec des poles de bois et des matelas.

La nuit suivante a été calme, mais au cours de celle de Jeudi à Vendredi, nous avons eu deux alertes une à minuit et une à 1 heure du matin, et nous sommes descendus à la cave; – la dernière nuit à été également calme. Nous n’avons nullement été attaqués en dehors du grand bombardement du 19.

La région parisienne n’a pas non plus été épargnée; il se pourrait même que le bombardement de la région nord dont parle le journal d’aujourd’hui affecte St Denis (93), ou tout au moins la Plaine. J’ai renoncé pour le moment aux inspections, celles-ci m’obligeant à découcher; afin de ne pas laisser seule, la nuit, ta mère et tes soeurs.

Il est possible qu’à un certain moment, les communications de toutes sortes, y compris la poste, soient interrompues entre nous.

Le 19/05/1944 – Le maréchal pétain est venu à Rouen

Mont-Saint Aignan – le 25/05/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

« Malgré le grand désir que nous aurions tous de te voir à la Pentecôte, nous sommes d’accord en raison des événements de t’inviter à renoncer à ce voyage et c’est pourquoi je t’ai envoyé tout à l’heure un télégramme en ce sens. En effet, ce ne sont que bombardements et mitraillades de tous côtés – Avant hier l’express de Paris a été mitraillé près de Thuit-Hébert (27). Il y a eu des voyageurs tués et une dizaine blessé, – d’autres trains ont été attaqués dans l’Eure notamment en gare d’Evreux. On bombarde jour et nuit. Ce matin les avions ont mitraillé en plein centre de Rouen. J’étais rue Beauvoisine, j’ai du descendre dans une cave, Marie (une soeur) a dû se coller contre une porte fermée dans la rue Morand sans avoir le temps de gagner un abri. Enfin si tu venais malgré les dangers réels qu’ils y a à voyager, tu serais peut-être exposé à ne plus pouvoir repartir. On s’attend à du nouveau de jour en jour, et s’il en survenait, il serait tout-à fait impossible de circuler par chemin de fer ».

Début de la « semaine rouge » (du 30 Mai au 5 Juin)

Mont-Saint Aignan – le 31/05/1944 (la mère s’adressant à son fils) :

Mon cher fils, nous venons de passer  une nuit affreuse, Rouen à été bombardé violemment pendant 50 minutes, d’abord 1ère vague sur Sotteville, ensuite 2e assaut sur la ville, le ciel était en feu; réfugiées dans le cellier nous nous demandions si nous en sortirions vivantes (papa était absent, parti à 7h à Auffay); ce matin tout dépasse ce qu’on supposait : tout le haut de la rue Jeanne d’Arc, rue Grosse horloge, aux juifs, tout le centre est abimé, plus ou moins démoli, le jardin Solférino labouré. Ici nous avons eau, mais ni gaz, ni électricité. A Sotteville, il paraît que tout est rasé, mais là on manque de détails; pourvu qu’ils ne reviennent pas encore ! et que faire ?…. Quel carnage !… Nous en sommes encore bouleversées, tu peux le croire; n’y a t-il pas eu un raid sur Paris ?

Mont-Saint Aignan – le 31/05/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

Nous n’avons pas encore reçu le télégramme que tu as dû nous envoyer pour nous annoncer ton arrivée. Mais celà n’est qu’à demi surprenant car depuis ton départ nous avons subi hier et aujourd’hui à 11 heures du matin deux violents bombardements visant les ponts provisoires de Rouen et qui ont fait de gros dégâts, provoqué des incendies, et fait de nombreuses victimes.

Le central téléphonique est hors de service pour le moment et le téléphone avec Paris parait être suspendu; ainsi que l’envoi des colis. Nous espérons néanmoins que tu as fait un bon voyage, étant donné les circonstances et que tu es rentré en temps utile. Mais nous aimerions en avoir la certitude.

Les deux nouveaux bombardements ont démoli la gare d’Orléans , et nombre de maisons jusqu’à St Sever sur la rive gauche – les quais depuis le théatre des Arts jusqu’au delà de la rue Jeanne d’Arc , la Bourse, le crédit Lyonnais, l’église St Vincent, la place du Vieux Marché, la rue camille saint Saëns, la rue des charettes, la place Henri IV, la Douane, dans laquelles 150 personnes sont parait-il enfermées noyées ou sur le point de l’être, la rue du Buffon, la rue des Bons Enfants, etc.

C’est un désastre au moins égal à celui du 19 Avril, – et il est à craindre que ce soit pas fini, car un des deux ponts est encore debout.

Nous nous attendons à un nouveau bombardement pour terminer cet ouvrage. Il était temps que tu t’en ailles par la gare d’Orléans car ton train à été le dernier à partir de cette gare pour Paris. Aujourd’hui, le train part à 11 heures du soir du Petit Quevilly. Nous sommes allés hier et aujourd’hui à plusieurs reprises à l’abri de la rue Cousin qui est très fréquenté. Heureusement, les deux dernières nuits ont été calmes.

Tu vois mon cher enfant quel bouleversement est le nôtre depuis le 19 Avril et surtout depuis une semaine. Dans cette dernière semaine seule la journée du Lundi a été à peu près calme. Mais cela nous fait néanmoins 6 bombardements en six jours, et je t’assure que ceux d’hier et d’aujourd’hui sont des plus sérieux. Les autres n’auraient pas fait de victimes s’il n’y avait eu l’express de Paris bombardé, qui a fait selon le journal 48 morts et 35 blessés.

Aujourd’hui , nous n’avons pas reçu le journal qui n’a pas dû être imprimé ou très peu, faute d’électricité, car le courant a été coupé dès le début du bombardement d’hier et n’a pas été rétabli. Nous voici donc actuellement sans gaz ni électricité. Mais nous avons encore de l’eau. Pour combien de temps ?

Il ne fait pas bon à aller au jardin, car le D.C.A. de là haut doit tirer copieusement.En tous cas, il n’y a pas d’eau pour arroser, sauf celle qui tombe du ciel, et c’est ce qui a eu lieu ce matin au cours d’un orage assez violent, qui a précédé le bombardement et qui nous avait fait espérer une acalmie dans nos misères. Malheuresement l’acalmie a été de bien courte durée !

Mont-Saint Aignan – le 02/06/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

Que d’événements tragiques depuis ta venu : il était temps que tu partes et nous sommes contents de t’avoir revu, car qui sait ?

Ce qui s’est passé mardi et mercredi est inqualifiable le feu était à la cathédrale. Je n’ai pas le courage de te décrire tous les horribles spectacles et les morts atroces dans les caves; sache seulement que c’est un véritable massacre et la ruine de la ville : les incendies sont encore plus graves que le 19 Avril….. l’eau manque – des pompes ont été détruites sur les quais….. Que nous sachions au moins que tu ne cours pas les routes et n’essaye pas de nous rejoindre. Certes, nous allons nous trouver quasiment séparés et irons avec l’espoir de nous retrouver plus tard sois prudent : ne voyage plus. Encore une fois, nous avons été protégés lors de ta visite la semaine dernière, qui me semble très lointaine déjà…..

Mont-Saint Aignan – le 02/06/1944 (une soeur s’adressant à son frère) :

Mon cher frère, te décrire l’aspect de la ville c’est impossible, mais l’on peut résumer tout ce que l’on ressent en disant que c’est une vrai catastrophe et que c’est horrible et terrifiant. Le bruit du débarquement est à l’ordre du jour; je crains que quelque soit, le point ou il doit se produire ? ici nous vivons – avant longtemps des jours très noirs et tragiques. Aussi suis-je contente de te savoir plus loin. Qui sait si nous nous reverrons… En tous cas, ne nous oublie pas et je pense que nos amis te serviront de famille, si nous disparaissions. Permets que je te recommande à avoir toujours une vie très droite et de plus tard élever une famille.

Fin de la semaine rouge

Mont-Saint Aignan – le 10/08/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

« Je vois que tu es au courant des événements militaires. Ici on les suit avec la plus grande attention car il se pourrait que les Américains rejettent les Allemands sur la Seine, et dans ce cas le département de l’Eure pourrait être le théatre de combats. Les habitants de Thuit-Signol (27) seront-ils obligés de revenir sur Rouen ». Nous craignons les bombardements de Rouen lors de l’avance prévue et nous voudrions aller en campagne à la première alerte. Ce sont les événements qui diront ce qu’ils en conviendra de faire. Aujourd’hui le journal de Rouen n’a donné aucun communiqué sous le pretexte d’interception des communications téléphoniques avec Paris. Il est à prévoir que nous serions un jour ou l’autre privés de courrier avec toi.

Mont-Saint Aignan – le 12/08/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

Je te mets un petit mot avant de nous coucher car qui sait ce qui se passera demain on dit que les anglo-américains ne sont pas très loin, d’ailleurs on entend le canon; nous avons eu pas mal d’alertes ces jours-ci, pour le moment tout est calme et la population attend les événements….qui seron-ils ? Il est certain qu’il y aura des changements ces jours-ci… il ne nous semble pas qu’il y ait beaucoup d’O autout de nous, alors peut-on espérer que nous ne seront pas trop ennuyés, ni bombardés surtout….à la grâce de Dieu !

Mont-Saint Aignan – le 01/09/1944 (les parents s’adressant à leur fils) :

« Depuis deux jours, nous sommes libérés, – et nous espérons que toi-même , tu te trouves maintenant dans la même situation et que de ton côté, la chose s’est passée sans difficulté. Ici cela a été plus dur, et nous avons vécu plusieurs journées angoissantes, dans l’ignorance ou nous nous trouvions des événements extérieurs, isolés du reste du monde, avec l’impression de se trouver dans une place assiégée.

Je vais te résumer les événements auxquels nous avons assisté durant ces dernières journées.

Le Dimanche 20/08/1944, de nombreux blessés allemands à qui on a pu faire passer la Seine sont hospitalisés à Rouen, le lendemain de même; il en arrive plusieurs milliers dont beaucoup meurent, – on voit passer aussi sans arrêt de nombreux soldats dans les camions, et beaucoup d’autres à pied, ceux-ci se trainant, sales, déchirés, épuisés de fatigues; – c’est une débandade qui nous rappelle celle de 1940 pour les nôtres, – toutefois, beaucoup de soldats allemands ont conservé leurs armes, qu’ils portent à la diable; – ce ne sont plus les solides troupes que l’on voyait autrefois défiler en chantant.

Au loin, le canon tonne, le 23 la batailleparaît vite rapprochée sensiblement; – les passages continuent mais sur la rive gauche , il y a un embouteillage de camions qui sert de cible à l’aviation; les dépôts de munitions explosent pendant des heures projetent en l’air des obus; la nuit est sans repos, des incendies font rage, les explosions continuent jusqu’au matin; le samedi 26, la matinée est calme; la retraite des Allemands paraît être terminée, – mais à 18 heures, un gros bombardements a lieu, les explosions recommencent; vers 21 heures, les avions passent pendant 1 heure 1/2, on passe une nuit presque sans sommeil, et l’on couche à l’abri; dimanche 21 à 7 heures, on entend le bruit d’un bref combat qui paraît être assez rapproché, puis de midi à 13 heures, les avions passent sans arrêt, bombardant; – malheureusement, ils font encore de gros dégâts et plus de 60 morts dans le quartier St Gervais, notamment. Le pensionnat et la chapelle Jean-Baptiste de la Salle sont criblés d’éclats, ainsi que la façade du Palais de Justice et le monument de la victoire, des incendies sont encore allumés, notamment sur la place Foch ou la maison du Photo-Comptoir est détruite; le Lundi 28, il semble que les alliés ont du reculer, le canon gronde avec violence, et les batteries de D.C.A s’en mêlent et tirent des salves; cependant la nuit est calme. Nous n’avons plus d’eau ni de journaux, la ration de pain est réduite à 180 grammes par personne. Le couvre-feu est à 8 heures 1/2, la situation d’incertitude

(suite) – d’incertitude se prolonge, et tout est paralysé en ville. A 9 heures du soir des incendies s’allument sur la côte ste Catherine, les Allemands incendièrent leurs installations c’est bon signe; – par contre St Aignan tire très violemment. La nuit du 29 au 30 est une vraie nuit de bataille, d’un effet vraiment grandiose pour qui ne serait pas directement intéressé à son dénouement à 1 heure 1/2 du matin forte canonnade avec incendie au bas de la ville, – à 3 heures du matin énormes lueurs sur Bonsecours, avec arrivées et départs d’obu, immense gerbes de flammes, les Allemands font sauter leurs batteries, incendièrent les bâtiments et installations qui leur servaient, font sauter le central téléphonique; les projecteurs balaient le ciel en tous sens mais l’aviation est absente, ont sent que le dénouement est proche. le 30 au matin, on apprend que les alliés sont à Boos, la matinée est calme. Puis au début de l’après midi, on voit le drapeau français arboré sur le réservoir d’eau de Bonsecours. – les FFI sont en actions pour s’emparer en ville des points importants, et vers 5 heures les Canadiens apparaissent sur les boulevards; à l’hôtel de ville, on brûle le drapeau Allemand, on hisse le drapeau français et on chante la Marseillaise.

Malgré les ruines et les deuils, la foule est enthousiaste, les drapeaux sont arborés aux fenêtres.

La journée du 31 constitue une véritable fête Nationale; la foule est dense surtout vers l’hôtel de ville, – foule très mélangée; on promène des femmes de mauvaise conduite, la chevelure rasée, avec une croix gammée peinte sur le crâne, – on arrête des collaborationnnistes et des profiteurs de guerre; enfin aujourd’hui 1er Septembre la ville se remet au travail; il y a beaucoup à faire.

La rive gauche à complètement été dévastée, les camions allemands ont brûlé en très grand nombre sous les bombardements. Bien que nous soyons toujours privés de communications avec le dehors, nous supposons qu’il ne doit plus présentement rester beaucoup d’Allemands en France, la dure bataille de Normandie aura été décisive et provoqué la libération de l’ensemble du territoire.

Aussi nous avons l’espérance que bientôt viendra l’armistice et que nous pourrons enfin nous réunir tous ensemble pour jouir de la paix retrouvée; nous attendons de tes nouvelles avec impatience; je t’écris dès aujourd’hui, bien que les relations postales ne soient pas encore rétablies afin que tu reçoives de nos nouvelles aussi vite que possible; peut être, fais-tu de même. Nous ne savons rien de Thuit-Signol, mais il y a eu probablement bataille dans les environs. Dès qu’il sera possible de passer la seine et d’aller là-bas sans difficulté.

Pour lire le journal de Rouen : Journal de Rouen (1762 à 1938); il y a de quoi lire et très intéressant pour l’histoire de la ville.

 

 

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